Sauvages! L’angélique

La région de Bruxelles-Capitale est bien plus verte qu’on ne l’imagine et abrite une mosaïque de parcs, bois, jardins et forêts. Au creux de ces poumons verts, une ribambelle de plantes sauvages ont élu domicile et ne demandent qu’à être rencontrées. Nous avons eu envie de vous partager une série d’articles sur quelques-unes de ces sauvageonnes de chez nous, avec des conseils sur la manière de les identifier, les cueillir* et les utiliser.

Ouvrez grand les yeux et les oreilles, le voyage en vaut la peine!


 

La première cueillette 

L’angélique sauvage ou angelica sylvestris s’épanouit en forêt, dans les prairies humides et les clairières. En bord de rive elle se dresse souvent aux côtés son amie la reine des prés dont elle partage la grande taille. C'est une plante herbacée, bisannuelle à vivace qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau. Elle fait partie de la famille botanique des Apiacées, anciennement appelée Ombellifère. Tout comme la berce, la carotte sauvage ou encore le panais. C’est une famille qui porte à confusion donc on observe bien les différentes parties de la plantes pour cueillir en toute sérénité. 

La racine 

En usage thérapeutique, on utilise la racine que l’on récolte en automne, période à laquelle les principes actifs y sont le plus concentrés. Elle est décrite comme pivotante, grosse, brune et à cassure blanche. On la cueille et déterre avec parcimonie pour respecter la pérennité de la plante. On coupe la racine en fines tranches et on les laisse sécher au sec, à l’air libre et si possible au soleil. Une fois sèches, on les conserve au sec, toujours et à l’abri de la lumière, dans des sachets en papiers, des cartons, des pots teintés que l’on ferme hermétiquement une fois sûr que la plante est parfaitement séchée; par précaution, on dépose le couvercle sur le pot sans le fermer. 

Pour réaliser une décoction, on place les morceaux séchés dans de l’eau froide le soir, on laisse reposer toute la nuit et on porte à ébullition le matin quelques minutes. 

Pour une infusion on ne dépasse pas les 12 minutes si l’on veut éviter l’amertume de l’apiacée. 

On consomme ces préparations de manière thérapeutique en les associant à d’autres plantes comme les graines de fenouil, l’aspérule odorante, la mélisse, la menthe sauvage ou encore de l’anis pour une infusion digestive et apaisante. Cette infusion d’angélique sauvage peut être utilisée pour réaliser une vapeur, un bouillon très parfumé ou une cuisson de légumes. 

Sur les huiles essentielles: la racine de l’angélique est distillée pour obtenir une huile essentielle précieuse. On l’utilise mélangée à une huile végétale pour son action sur le système nerveux. Elle sera calmante et anxiolytique si on l’applique plusieurs fois par jour sur la face interne des poignets ou sur le plexus solaire au coucher. Son énergie réchauffante et pénétrante insuffle en massage de la chaleur aux pieds toujours froids en stimulant la micro circulation. 

La tige 

La tige est glabre, sans poils. Elle est ronde avec de légers sillons, souvent teintée de pourpre vers le bas et creuse si on la casse. Idéalement en juin, on peut prélever la tige centrale qui est plus épaisse, plus large et riche en vitamine C. On peut la confire avec du sucre pour en faire des bonbons qui ont été pendant longtemps le dessert ou la confiserie des enfants de la campagne.

Les feuilles 

Les feuilles alternes sont vert foncé, pétiolées et composées de folioles divisées en lobes ovales à bords dentés, aiguës au sommet. Les pétioles qui font le pont entre la tige et la feuille ressemblent à des petites gouttières engainant la tige centrale. On peut les cuisiner comme des fines asperges à la vapeur ou en les ajoutant crues et ciselées à de la verdure. Les jeunes pousses se mangent en salade avec d’autres feuilles. On les récolte presque toute l’année car la plante refait des feuilles en continu. 

Les fleurs 

Les inflorescences blanches ou rose clair à 5 pétales sont aplaties et regroupées en grandes ombelles sphériques qui compte chacune de 20 à 40 petites fleurs. À leur sortie en juillet on les utilise pour parfumer des crèmes ou des flans et faire des infusions.

Le fruit 

Le diakène est sec, ovale et aplati en ailes ondulées. Déshydraté et réduit en poudre, il devient piquant et s’utilise comme épice.

Petite histoire 

A l’écrasement, toute la plante dégage une odeur aromatique suave et amère, toute en nuance. Plante envoûtante, l’angélique sauvage occupe une place particulière dans les jardins médicinaux et dans le cœur des herboristes. Avant on l’appelle aussi l'herbe des anges. On la cultivait autour des cloîtres et dans les jardins pour se protéger. On l'a portait parfois autour du cou pour éloigner les mauvais esprits. L’angélique sauvage c’est l’ange des sous-bois.

Propriétés 

Ces propriétés sont les mêmes que celles de l’angélique officinale bien qu’un peu moins prononcées. Équilibrante du système nerveux, on la conseille en cas d’anxiété, de fatigue, de digestion compliquée due au stress ou de troubles du sommeil. Antispasmodique, carminative et cholagogue, elle agit sur l’ensemble de la digestion. On l'utilise en cas de fatigue générale et d'anémie comme un tonique ou en convalescence pour relancer l'appétit. Ses propriétés sudorifiques et expectorantes en font aussi un remède de choix en cas de bronches encombrées, de refroidissement ou pour calmer la toux. 

La recette de la tige confite d’angélique sauvage 

On débarrasse les feuilles que l’on garde pour les ajouter à une salade et on épluche les tiges un peu comme de la rhubarbe mais plus délicatement. 

Les bâtons d’angélique épluchés sont déposés dans une casserole et couverts d’eau froide. Ils sont blanchis de cette manière deux fois puis bien égouttés. On amène de l’eau et du sucre roux à ébullition et on ajoute les bâtons d’angélique que l’on laisse confire à feu doux pour environ deux heures. 

Pensez à ajouter des grains de poivre long ou de timut pour un goût plus nuancé et casser le sucre avec un trait de citron. Une fois translucides, on égoutte à nouveau et on laisse sécher à l’air libre, juste protégé par une cloche non hermétique pour 48 heures. 

La tige anciennement robuste se transforme en confiserie super parfumée voire étonnante qui ira avec le salé comme le sucré.

Après on peut aussi en ajouter quelques tronçons à une confiture maison ou une compote de pommes et de coings, lancer un vin ou un soda d’angélique et d’herbes ou encore en faire des pickles… Elle offre aux différentes préparations une saveur sauvage remarquable qui les transforme et les emmène ailleurs. 

*Quelques conseils à toujours garder en tête lors de vos cueillettes sauvages:

  • La règle d’or : on ne récolte que des plantes que l'on a parfaitement identifiées. On n’hésite pas à utiliser nos cinq sens pour ça et on prend le temps de bien tout regarder.
  • On cueille en conscience et avec respect, c'est à dire que l’on ne prélève que ce dont on a besoin. Il faut bien veiller à ce qu’il reste assez de la plante pour qu’elle puisse continuer à se reproduire.
  • Pour savoir quand et quoi cueillir, on se réfère aux articles de Dot-To-Dot ou à un calendrier de cueillette, celui-ci par exemple
  • On fait attention à la qualité du site de récolte. On évite les endroits pollués, les bords des routes, les sites chimiques, les décharges, les champs traités, ... Pour en savoir plus sur la réglementation dans son pays/sa région, on peut consulter ce site 


Lexique
 

Antispasmodique - aide à diminuer les spasmes et décontracte certains muscles en agissant sur l’influx nerveux responsable de la contraction musculaire.

Bisannuelle - plante qui accomplit son cycle de vie en deux années. 

Carminative - réduit les gazs intestinaux

Cholagogue - se dit d’une plante qui facilite l’évacuation de la bile (substance qui participe à la digestion des graisses) stockée dans la vésicule biliaire. 

Diakène - double akène (fruit) sec de la plante à une seule graine. 

Herbacée - plante à la tige tendre, verte, non ligneuse mais qui peut le devenir progressivement chez les vivaces. 

Vivace - plante qui vit plus de 2 ans en subsistant l’hiver grâce à des organes souterrains protégés du froid. 

Bibliographie 

Fleurentin, Du bon usage des plantes qui soignent, ed. OUEST-France. 2016.

C. Bastgen et B. Schröder, Les indispensables Delachaux, 300 plantes comestibles, ed. Delachaux et Niestlé, 2017. 

Pierre, La bible des plantes qui soignent, ed. E/P/A, 2017. B. Arnal-Schnebelen, P.Goetz, E. Grassart, M.Hunin, Secrets et vertus des plantes médicinales, ed. Selection Reader 's Digest, 1977. 

Baudoux, L’aromathérapie, se soigner par les huiles essentielles, ed. Amyris, 2008.


 

Illustrations: Valentine Laffitte