Printemps 2017

Une matinée dans Ma Forêt

Par un matin calme et ensoleillé, nous arrivons à pied sur un sentier entouré de champs et de fermes pour rendre visite à Thibault Walckiers à Chapelle-Saint-Lambert. Sortant de sa serre avec son chien et fidèle compagnon sur ses talons, Thibault nous parle de Ma Forêt, un projet de récolte de sève de bouleau, de petites cultures axées sur les légumes anciens et les plantes sauvages.

Printemps 2017

-Thibault Walckiers : Vous arrivez juste à temps, j’allais me faire un petit café!

- Dot-To-Dot : Ah, ça fait du bien de quitter la ville!

-Moi je reste toute l’année ici. J’habite dans une petite caravane pour le moment, là-bas, vous voyez ? Moi, j’adore la ville ! J’ai grandi à Bruxelles, la campagne ça m'est venu plus tard. Aujourd'hui, je vais encore beaucoup en ville pour livrer des restaurants, voir des copains, et je fais aussi quelques marchés pendant la saison de la sève de bouleau. Je suis très attaché à la ville, mais dans un rapport un peu inversé.

- Avant tu travaillais dans le cinéma, cela faisait longtemps que tu voulais changer de carrière?

- En fait je voulais faire ça plus tard, vers quarante cinq ans. Et puis des contrats de tournages sont tombés à l’eau et pendant plusieurs mois ce fut assez difficile financièrement. Mais un jour, une amie m’a envoyé par mail le programme en biodynamie de la ferme-école Larock, l’Ecole Paysanne Indépendante dans la campagne liégeoise. C’était un vrai coup de bol de tomber dessus. J’y ai peut-être vu un signe car je ne lis presque pas mes mails! Je me suis dit : si j’attends quinze ans, ma fille sera à l’université et je ne quitterai plus jamais les tournages... Du coup je me suis décidé à commencer la formation à la ferme, ça, il y a cinq ans.

La formation commence en général en début mars, quand le troupeau est encore à l'étable, c'est la fin de l'hiver, la fin des stocks de légumes de conservation et des choux qui tiennent au gel en plein champ. Cela donne un aperçu du travail à la ferme pendant l'hiver tout en commençant les mises en place des premières cultures printanières. Puis le troupeau passe dans les prairies, la transformation laitière continue de plus belles, le travail des foins arrive. Plus tard ce sont les céréales, tout en continuant le travail sur les légumes. Et la formation se termine quand on rentre de nouveau le troupeau à l'étable en novembre, au début du froid et de l'hiver.

- Et comment est né Ma Forêt?

- J’ai loué ce terrain quand j’ai commencé ma formation à la ferme Larock. J’ai eu envie de faire de la récolte de sève de bouleau moi-même et ça tombait bien car il y en avait beaucoup sur le terrain ! Du coup j’en avais même trop pour moi et ma famille. Alors j’ai commencé à mettre des annonces dans des magasins bio et à faire du porte-à-porte.

Petit à petit j’ai percé mes premiers bouleaux et je suis arrivé à avoir une centaine de clients.

Je leur amenais un litre ou deux par semaine, trois fois pour une cure, et je les voyais très content à chaque fois, j'avais trouvé ce que je voulais voir sur leur visage. Les gens aimaient beaucoup la démarche, c’est-à-dire recevoir une fois par semaine la sève pure et fraîche du matin. C'est comme ça que j'ai décidé que ce serait mon job, et que je serais récoltant officiellement.

Printemps 2017

- Tu es passé par Créa job, comment cela s’est passé?

- C’est une ASBL, qui sert de plateforme administrative pour t'aider à lancer un projet. C’est assez théorique. Au départ tu rentres un dossier avec un business plan, une étude de marché, etc. En gros tu présentes ton projet en chiffres. Si tu es pris, tu peux utiliser leur numéro de TVA pendant dix-huit mois, donc c’est comme avoir une activité professionnelle, en plus tu as un coach et des formations de gestion. Tu peux faire des achats et facturer avec leur numéro de TVA, tout continuant à bénéficier du chômage. Du coup, ça permet de se constituer un capital, investir dans du matériel de manière professionnelle sans prendre directement tous les risques de l'entrepreneur. C'est comme ça que j'ai fait les deux premières saisons de sève, pendant ces dix-huit mois ainsi que la première année de maraîchage!

- Est-ce que les plateaux de tournage te manquent parfois?

- Non, ça ne me manque pas. J’ai vu comment les choses ont évoluées et c’est «too much». J’étais assistant caméra quand on utilisait encore des pellicules, ce qui était très manuel, mécanique et chimique. Il y avait un rapport au labo, on travaillait la lumière différemment. Maintenant, les techniques changeant de plus en plus vite, tu es vite dépassé si tu n'es pas très ordinateur… Puis il y a autre chose, être son propre patron et bosser avec la nature, c'est quelque chose qui me passionne quand même plus que de travailler pour une production qui décide des tarifs à distribuer aux techniciens, ce qui permettra de tourner le film d'un réalisateur pas forcement très talentueux... Certains collègues me manquent parfois, ça oui. Certains d'entre eux passent me voir et on se fait une grillade et une soirée au coin du feu à refaire le monde et le cinéma.  

JE PRÉFÈRE FAIRE UNE JOURNÉE DE VINGT HEURES À LA FERME QUE SUR LES PLATEAUX DE TOURNAGE.

- Tu nous montres comment se fait la récolte de la sève?

- Alors, d’abord on fixe des petites tablettes devant chaque arbre, sur deux piquets, et on fait une percée de six millimètres où on place un embout rigide relié à un tuyau en silicone. Ensuite, celui-ci est relié à une capsule qui se clipse dans la poche ou «bag in box» et qui est rempli directement de l’arbre entre douze et vingt quatre heures.

Printemps 2017

La première année on utilisait une bouteille de lait pour contenir la sève, mais à chaque fois que tu te sers un verre il y a de l’oxygène frais qui rentre dans la bouteille. C’est pour ça qu’on a préféré de passer à la poche. Chaque année la récolte marche de mieux en mieux. Au niveau de la logistique aussi, on améliore le temps de récolte, d’étiquetage et de livraison.

Tout en grandissant un peu on prend deux ou trois magasins et des marchés en plus. Mais avant tout, c’est sur le travail sur le terrain qu’on se concentre.

- Une fois ta production terminée, en combien de temps périme-t-elle?

- Alors cela ne périme pas vraiment mais ça lacto-fermente. (la lacto-fermentation est une méthode universelle et ancestrale de conservation des aliments, ndlr). Nous, on fait l’effort de vendre le jour-même ce que l’on a récolté et on fait les marchés, on livre des magasins bio. Ce qui n’est pas vendu on le transvase dans des tonneaux pour faire du mousseux! Je fais tout moi-même et je ne travaille pas avec des distributeurs.

- Et tu travailles avec un Gasap?

- Pour la sève de bouleau oui, mais cette année j’ai été pris par le temps pour organiser ça. L’année passée par contre, j’ai envoyé une info et ils venaient eux-mêmes sur les marchés. Il y a, plus au moins, cent quarante six GASAP donc ce n’est pas possible, pour moi, d’aller livrer chez tous.

- Tu travaillais selon le système de l’agriculture biodynamique, où as-tu appris cette technique?

- À la ferme Larock c’est à 100%. Et c’est comme ça depuis trente ans. Cette ferme est un organisme avec plein de pôles différents comme le maraîchage, l’élevage, les grandes cultures, etc. Ici, sur mon terrain, je fais déjà tout par rapport au calendrier Lunaire. En deux mots, je récolte, transplante, sème, prépare les sols et le compost en fonction des rythmes cosmiques en temps réel.

Il y a un lien entre les périodes de semis, de plantation ou de travail du sol avec le rendement et la qualité des produits agricoles.

 

Printemps 2017

Il existe un principe qui détermine les jours plus favorables aux feuilles, aux fruits, aux racines ou aux fleurs en fonction de la position de la Lune devant les constellations du zodiaque.

Ce principe est repris par le calendrier lunaire de Matthias Thun.  Il contient les rythmes, les cycles, les réflexions, les combinaisons et les interférences de la lune, le soleil, les planètes et les constellations qui intéressent au travail agricole. Le calendrier indique les moments favorables ou défavorables pour tel ou tel travail au champ ou au bois.

La première année on utilisait une bouteille de lait pour contenir la sève, mais à chaque fois que tu te sers un verre il y a de l’oxygène frais qui rentre dans la bouteille. C’est pour ça qu’on a préféré de passer à la poche. Chaque année la récolte marche de mieux en mieux. Au niveau de la logistique aussi, on améliore le temps de récolte, d’étiquetage et de livraison.

Tout en grandissant un peu on prend deux ou trois magasins et des marchés en plus. Mais avant tout, c’est sur le travail sur le terrain qu’on se concentre.

La biodynamie va beaucoup plus loin que le calendrier lunaire, avec le développement des préparats de compostage ou de pulvérisations à base de plantes, pour le travail des cultures ou pour l'amélioration de la structure et de la vitalité du sol.

- Qu’est-ce qui diffère l’agriculture biodynamique de la permaculture?

- Je suis un peu méchant avec la permaculture. C’est très à la mode, alors que ça existe depuis la nuit des temps. Tout ce qui est une bonne idée est maintenant permaculture... En fait pour moi c’est plein de bonnes idées, de gestes ancestraux mis dans un sac avec une étiquette dessus. Alors qu’avant, un fermier n’avait pas besoin de s’acheter des graines ou des engrais. Maintenant en permaculture on fait sans intrants (on appelle intrants les différents produits apportés aux terres et aux cultures, ndlr), ce n'est pas une découverte en biodynamie ou en agroécologie, c'était comme ça depuis la nuit des temps! Ce qu'il y a d'intéressant dans la permaculture c'est que tout le monde en parle et que si tu ne connais rien au potager ou à la ferme et que tu veux apprendre, tu trouveras un paquet d'outils qui te permettront de cultiver un lopin de terre. Mais attention aux gens des villes qui en parlent comme étant une découverte récente, attention il n'y a pas de pensée unique ou un seul moyen durable de créer l'agriculture de demain...

- Comment vois-tu évoluer «Ma Forêt»?

-D'abord il y a l'idée de se renforcer, de s’améliorer encore et encore en cherchant systématiquement la qualité et l'innovation en première ligne. Puis il y a grandir, tant au niveau des surfaces de cultures qu'au niveau des productions, mais ce point est en questionnement permanent.

CHACUN A SES LIMITES, SES BESOINS OU DÉSIRS, C'EST FONDAMENTAL DE SAVOIR S'ARRÊTER ET  DE TROUVER DU TEMPS POUR SOI, POUR AUTRE CHOSE QUE TRAVAILLER ET VENDRE, TOUT SIMPLEMENT POUR VIVRE.

Allez, je vais vous montrer le terrain ! Là vous voyez? Il y a encore beaucoup de vie sauvage, ici un chevreuil est passé, regardez l’empreinte!

Printemps 2017

L’eau de bouleau est une force vivante, sans nano ou micro-filtrations, sans pasteurisation, sans conservateurs. Riche en minéraux, oligo-éléments, vitamines et acides aminés, elle constitue le meilleur moyen naturel d’éliminer les toxines accumulées durant l’hiver, de purifier et de tonifier l’organisme. Pour plus d'information consultez ce lien.