Repair Café: réparer ensemble pour ne plus jeter

Printemps 2018

Réparer ses objets cassés c’est non seulement écologique mais c’est aussi une façon de lutter contre l’obsolescence programmée. Et le faire dans un Repair Café, c’est également une manière d’aller vers l’autre, de rencontrer les gens de son quartier et de tisser des liens. Mouvement aujourd’hui international, le concept des Repair Café a démarré aux Pays-Bas en 2009 et s’est exporté avec succès en Belgique qui en compte plusieurs centaines répartis sur tout le territoire. Rencontre avec Frédéric Vignaux, coordinateur du Repair Café de Berchem-Sainte-Agathe et administrateur de l’asbl Repair Together.


Comment fonctionne un Repair Café?
Réparer pour ne pas jeter est un concept qui existe dans pas mal d’endroits différents mais les spécificités des Repair Café sont que c’est gratuit et participatif. Le fait de réparer ensemble est important parce qu’on ne veut pas faire de concurrence à des réparateurs officiels.

Dans un Repair Café, vous venez avec votre objet, vous vous installez avec un bénévole et vous réparez ensemble.

J’ai tendance, au niveau du réseau, à orienter les choses sur l’aspect humain. Il y a un peu plus de 100 Repair Cafés à Bruxelles et en Wallonie, donc on va de plus en plus vers du local.

Et c’est un bon moyen de rencontrer ses voisins!
Exactement! C’est un projet social dans les deux sens du terme. Social car effectivement il permet de rencontrer ses voisins, de ne pas avoir peur de l’autre. Et social dans le terme d’emploi, d’accès à l’emploi et de mettre le pied à l’étrier pour des personnes qui parfois sont en marge socialement.

Est-ce que les bénévoles qui réparent sont des personnes qui viennent pour de la réinsertion sociale ou bien ce sont des gens qui aiment réparer tout simplement?
Il y a de tout. Il y a pas mal de touches-à-tout et de bricoleurs, comme je l’ai été quand je suis allé au premier Repair Café. Il y a aussi des professionnels, comme par exemple Frédéric qui est technicien à la SNCB. Touria est technicienne à la Stib. Son histoire est chouette: un jour elle est venue avec une machine à café qui ne fonctionnait pas. Quand était venu son tour de faire réparer sa machine, elle a dit au réparateur qu’elle avait déjà commencé toute seule, qu’elle n’y connaissait rien mais qu’elle avait déjà démonté sa machine pour voir ce qu’il y avait dedans. Quand le réparateur a regardé avec elle, il a remarqué qu’elle se débrouillait et qu’elle réfléchissait bien à la réparabilité de l’objet et lui a proposé de suivre une formation au centre Horizon. Elle a donc suivi cette formation pendant 1 an et a fait son stage à la Stib qui l’a tout de suite embauchée.

C’est vraiment ça les Repair Café! C’est du bouche à oreille, de la rencontre, de l’ouverture et de l’apprentissage. La réparation devient un prétexte.

Aujourd’hui il y a plein de structures qui font de la réparation et de la revalorisation et petit à petit ça rentre dans les moeurs. Mais avec de ces projets on peut bâtir quelque chose de plus humain autour de la rencontre, de la proximité et du bien vivre ensemble.

Printemps 2018

Et en plus de ça il y a aussi de la conscientisation sur l’obsolescence programmée.
Tout à fait! Une conscientisation à l’obsolescence programmée et à la consommation de manière générale. Parce que quand on amène sa machine à café et que le technicien la démonte et vous dit que là ça ne marche plus parce que cette pièce est en plastique ou de mauvaise qualité et que c’est normal que votre machine tombe en panne, un échange s’instaure. On fait très souvent de l’explication de fonctionnement, du conseil. Il y a plein de gens qui viennent parce qu’ils n’arrivent plus à se servir de leur appareil. Et donc là on est dans une démarche pour mieux consommer. Donc c’est vraiment multiconseil.

À l’ère du prêt-à-jeter et de l’obsolescence programmée, quel genre de personne vient ici?
Je définis 3 groupes assez distincts: il y a des gens qui viennent pour des raisons économiques. Là il y a un gros travail de sensibilisation à faire parce que les gens qui arrivent en disant que c’est moins cher de venir ici que chez un réparateur, ce n’est pas notre vocation. Donc on va expliquer que ce n’est pas la bonne démarche.
Il y a des gens qui viennent pour des raisons plus éthique, de conviction. Le projet leur plaît et ils le trouvent intéressant.
Et puis, il y a des gens qui viennent aussi pour des raisons de convivialité. Des personnes viennent systématiquement chaque dimanche avec quelque chose de différent à réparer. On les connaît en général, ils font la bise à tout le monde! C’est une façon de lutter contre une certaine solitude. Parmi les bénévoles, il y a aussi des gens qui viennent pour ça.

Printemps 2018

Tout se passe toujours sur place ou bien y-a-t-il également des formations extérieures?
Il y a beaucoup de choses! Au niveau du réseau Repair Together on organise des formations destinées aux bénévoles pour leur apprendre à réparer.

Il y a des gens qui sont simples bricoleurs mais il y a aussi des gens qui n’y connaissent rien en réparation mais qui veulent apprendre. Il y a de la place pour tout le monde!

Les formations sont données par des formateurs professionnels sur des thématiques comme la réparations des imprimantes, des Senseo, etc. Les formations sont programmées par rapport aux demandes les plus courantes dans les Repair Cafés.

On vient également de passer un nouveau partenariat avec Les Petits Riens puisqu’une des difficultés pour donner des formations aux bénévoles est qu’il faut avoir du matériel à réparer. Jusqu’à maintenant, chacun amenait un objet mais grâce à ce partenariat Les Petits Riens nous fournissent du matériel qu’ils récupèrent et nous les mettent à disposition. Les objets réparés par nos bénévoles pendant les formation sont ensuite remis en vente aux bénéfices des Petits Riens.

On a aussi un partenariat avec CF2D qui est une entreprise d’économie sociale qui forme des valoristes. Concrètement, ils proposent à des gens sans emploi et sans qualification de se former au métier du tri des déchets électroniques. Pour ça il leur faut du matériel. Nous sommes de tout petits contributeurs mais quand on n’arrive pas à faire de réparation, on propose aux gens de laisser leur appareil et ces appareils seront amenés chez CF2D pour alimenter cette formation en tri.

Quels sont les objets qu’on retrouve le plus dans les Repair Café?
La plupart des réparations se font sur de l’électronique et de l’électroménager. On répare 60% des objets qu’on nous amène. Mais sur le vélo et la couture c’est quasiment 100% de ce qui est amené qui est réparé.

Photos : Louise Devin